Nous faisons toutes et tous des découvertes remarquables, un jour ou l’autre, lors de nos sorties. Cela peut provenir du lieu, de la date anormale, d’une particularité sur les espèces elles-mêmes, mais quoiqu’il en soit, ce sont des moments qui se gravent dans nos mémoires. Cette page a pour but d’afficher ces moments en mycologie.
la Petite histoire
Hydnum vesterholtii (=H. umbilicatum) (8/1/2021), Hydne de Vesterholt (=Hydne ombiliqué), tache rousse au centre de l’écran, Bois Bas-Semnoz (Sevrier, 74), ©Photo Didier Hamerel
Lundi 04 janvier 2021
Le compte-rendu de ma sortie mycologique du 03 décembre 2020 laissait une identification avec une petite énigme. Lors de ma cueillette de divers genres et espèces, j’avais récolté en un même endroit des hydnes roux me faisant penser à Hydnum rufescens. De retour, reprenant la détermination macroscopique des carpophores ramassés pour mon compte rendu, les hydnes roux m’interpellèrent. Les chapeaux avaient un trou assez profond au centre et les bords ondulés. Cela ne correspondait pas exactement à Hydnum rufescens. Après des recherches dans ma bibliothèque mycologique, notamment dans « 1001 champignons » de P. Roux, le Guide des champignons G. Eyssartier – P. Roux , Les Champignons d’Europe tempéré T. Laessoe -Jens H. Petresen et sur divers sites en ligne, je détermine Hydnum umbilicatum (1). Cependant ce dernier n’existe pas, même en synonyme, dans le fichier Taxref. v13, notre référence de validation. Idem sur le site MycoDB. Il est inexistant également dans « Champignons de France et d’ Europe occidentale » M. Bon et dans « Champignons de France » R. Courtecuisse. Suite à l’envoi de mon compte rendu à Alain pour alimenter le site SHNPR le 04 janvier 2021, je lui fais part de l’énigme de Hydnum umbilicatum pour la validation. Avec un partage de mes observations et discussions avec lui puis avec Laurent Deparis, nous décidons de valider la détermination macroscopique de Hydnum umbilicatum (1). N’ayant pas accès à un microscope disponible, une étude approfondie n’a pas été réalisée pour compléter notre détermination. Les taxons du 03 décembre ne sont plus disponibles, il faudra donc attendre la saison prochaine si l’espèce réapparaît. Gardons l’espoir, la station de récolte est imprimée dans ma mémoire.
Hydnum rufescens (8/1/2021), Hydne roussissant, Bois Bas-Semnoz (Sevrier, 74), ©Photo Didier Hamerel
Jeudi 07 janvier 2021
Ce jour un peu gris et glacial n’incite guère à une promenade. Je décide malgré tout de sortir pour une promenade pédestre de bien-être. Je me dirige à pas vaillants vers les bois tout proches pour une escapade calme et paisible . Cependant l’énigme de Hydnum umbilicatum (1) me fascine. Machinalement, je prends la direction de la station de découverte des hydnes pour, si possible, une seconde récolte à des fins d’étude microscopique. La forêt est là, je pénètre en ces lieux boisés avec un bonheur envahissant comme à chaque fois que je déambule sous les grands arbres. Ils m’accueillent avec quelques sporophores figés sur un sol gelé et durcit par une température négative à -4 degrés. Dans cet univers propice au règne fongique, j’avance doucement, les yeux en alerte, à la recherche d’une rare mais non improbable découverte mycologique. Par endroits, de-ci, de- là, l’humus forestier préserve un sol meuble laissant présager l’apparition d’un joli carpophore bravant fièrement le froid. Je flâne ainsi sereinement dans le silence, que seul le bruissement des feuilles mortes sous mes pas vient troubler. Peu à peu, j’arrive à la station des hydnes. J’observe attentivement les lieux et j’aperçois le chapeau roux ombiliqué convoité. Un seul et bel exemplaire trône au milieu des grands arbres. Je cherche méticuleusement sous le tapis de feuilles, et miraculeusement, un second petit roux bien à l’abri des gelées apparaît. Une photo, et délicatement je les récolte et les range au chaud dans une petite boîte en bois. Récompensé, satisfait, je continue alors ma balade. Plus loin, près d’un grand sapin, une couleur ocre roux sur un tapis vert de mousse attire de nouveau mon regard. Je m’approche, trois jolis carpophores narguant le froid qui sévit toujours en cette fin d’après midi s’offrent à ma cueillette. Ma joie est au comble, ce sont des Hydnum rufescens, tous en bon état. Quelques photos, je les récolte précieusement et les range également dans une petite boite en bois. Cette découverte va nous permettre une étude microscopique des deux espèces. Bien que très proches, une comparaison difficile des deux taxons sous le microscope, pourrait compléter notre étude macroscopique. Sur le chemin du retour, vagabondant dans les bois, j’aperçois une tâche blanchâtre sur le sol. Cette fois c’est hydnum repandum qui brave le froid. Là aussi, une séance photo et hop dans une petite boîte en bois. Le microscope sera aussi sa destination finale pour une troisième comparaison. Mon émerveillement m’a fait oublier le froid. Pourtant chaudement gantés, mes doigts endoloris m’incite à rentrer. Il est temps d’aller se réchauffer un peu. Quelle belle et fructueuse balade en ce jour glacial !
A la maison, je travaille une nouvelle fois une détermination macroscopique. Avec une observation encore approfondie, je constate des différences existantes entre ces trois espèces. Ma récolte s’est enrichie de trois Hydnum. Espèces : Hydnum umbilicatum (1), Hydnum Rufescens et Hydnum repandum.
Samedi 09 janvier 2021
Je dépose les spécimens chez Alain pour tenter l’étude microscopique.
Lundi 11 janvier 2021
Réponse d’Alain: Conclusion difficile par l’étude des spores du fait d’une différenciation minime pour les trois espèces avec une variabilité importante des spores (taille et forme).
Nous garderons donc la détermination précédente des trois espèces avec les différences macroscopiques mises en évidence et constatées.
Hydnum vesterholtii (=H. umbilicatum), Hydne de Vesterholt (=Hydne ombiliqué) | |
Hydnum rufescens, Hydne roussissant | |
Hydnum repandum, Pied de mouton | |
À bientôt, et qui sait, peut-être pour une autre petite histoire Mycologique.
Didier Hamerel
(1) Selon les ouvrages et les auteurs, Hydnum vesterholtii et Hydnum umbilicatum ne sont pas toujours donnés comme synonymes. Pour Taxeref v14, Hydnum umbilicatum n’existe pas, pour le Guide des champignons de Guillaume Eyssartier et Pierre Roux et la FMBDS, … le nom valide est Hydnum vesterholtii et Hydnum umbilicatum est un synonyme.
Nous avons rencontré une Pholiota squarrosoides à Planet (Saint-Laurent, 74), le 16 octobre 2020. Nous avions au départ cru reconnaître la Pholiota squarrosa avant d’être surpris par la couleur des lames crème gris-blanchâtre. De plus, un peu à l’écart d’un conifère, cette touffe ne se trouvait pas dans son habitat type. Nous avons aussi noté une odeur aromatique émanant de cette pholiote.
Nous avons éliminé Pholiota janii à cause de l’absence de jaune citron au bord du chapeau et de jaune vif sur l’arête des lames. Notre microscopie, pas terrible, donne quand même bien des spores plus petites que celle de P. squarrosa, sans pore germinatif visible.
Laurent Deparis nous a confirmé l’espèce (même si sur photo c’est toujours délicat) et nous le remercions de son aide.
Sabine Charline, Gérard et Alain photographiés par franca à la recherche assidue d’une belle inconnue, Planet (Saint-Laurent, 74), ©Photo Franca Viviand
Fin de sortie mycologique au Planet (le 16 octobre 2020, Saint-Laurent, 74), nous sommes tous dans le chemin en train de redescendre. Tous ? Non !
– Comme c’est beau !
L’exclamation provient de derrière un rocher moussu…
Nous allons tous voir de quoi il s’agit :
Un grand tronc couché encore solide porte plusieurs touffes de champignons. Un chapeau atteint même 10-12 cm de diamètre. Ils sont beiges ou presque bruns et sont portés par un pied fin avec un anneau net !
– Ils ont l’allure de Oudemansiella mucida mais ils ne sont pas blancs ! Est-ce qu’ils sont visqueux ?
On s’accroupit, on touche.
– Oui, ils sont humides, un peu visqueux, les plus gros chapeaux sont ridés. Les lames sont blanches ou presque.
On s’assoit à califourchon sur le tronc ou dans la litière fraîche. On ouvre les livres pour vérifier : la suspecte est bien donnée comme blanche.
On réfléchit. Chacun cherche à sa façon.
– Je vais faire comme quand je débutais : Feuilleter le « Bon » à la recherche d’une silhouette qui pourrait correspondre… Ça n’est pas très pro, mais je ne sais pas où chercher !
On fait des photos.
– Un Agrocybe ? Il y en a qui poussent sur les arbres ; Non, ça ne convient pas !
– Une pholiote, ça n’est pas possible. Les spores seraient foncées or même nos vieux exemplaires gardent les lames claires.
On a beau être concentré sur « notre cas », on entend tomber les premières gouttes de pluie.
– Au fait, c’est quoi cet arbre ?
On scrute l’écorce, on regarde autour de nous : bois mêlés avec des érables, quelques épicéas et beaucoup de hêtres.
– C’est un hêtre ! La mucida pousse sur des hêtres !
– Zut, les gouttes de pluie commencent à passer les feuilles ! On va bien trouver quand même !
On commence à protéger les livres et les appareils photo, mais personne n’a envie d’abandonner !
Une voiture s’arrête dans le chemin. Des promeneurs croisés précédemment sur le parking nous interpellent :
– Une de vos voitures a une vitre entrouverte et il pleut !
– Ah oui ? C’est embêtant… On va y aller, merci.
Mais personne ne bouge…
– Si vous voulez, on vous emmène pour la fermer au plus vite !
Oudemansiella mucida (chapeau chamois foncé), Collybie visqueuse, Planet (Saint-Laurent, 74), ©Photo Alain Benard
Le conducteur n’a pas l’air de bien comprendre qu’on soit tous assis sous la pluie avec des livres et nos appareils photo plus ou moins bien protégés, et qu’on ne quitte pas les lieux en courant. Je suis sûr qu’il va raconter qu’il a vu des gens bizarres dans cette forêt !
On finit par quitter notre tronc à regret, emportant quelques spécimens représentatifs.
Chacun rentre chez soi, restant sur notre faim.
Après quelques recherches dans d’autres ouvrages (trop lourds pour être emportés sur le terrain) on découvre l’existence d’une variante « chamois foncé » de l’Oudemansiella mucida et la microscopie va révéler l’identité du suspect : Une grosse spore sphérique avec 1 apicule de 16 µm confirme notre 1ère idée. C’est elle !
![]() Spore (x1000) d’Oudemansiella mucida, Collybie visqueuse, récoltée au Planet (Saint-Laurent, 74), ©Photo Alain Benard |
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